En Slovaquie, il y a environ 2 100 pharmacies, mais les médicaments ne sont pas plus accessibles aux patients, ni moins chers. Le week-end dernier, la Chambre slovaque des pharmaciens, lors de son Congrès, a attiré l'attention sur les retombées négatives de la libéralisation des pharmacies introduite il y a dix ans. On a supprimé la restriction selon laquelle seul un pharmacien de profession pouvait obtenir la licence pour gérer une pharmacie. De ce fait, un grand nombre d'officines sont devenues des magasins. Professionnalisme et qualité ont disparus. Les pharmaciens ont formulé six revendications qu'ils envisagent de déposer au ministère de la Santé.
Les pharmaciens s'accordent également sur le fait que le prix bas des médicaments et leur réexportation expliqueraient leur insuffisance en Slovaquie. Et de pointer du doigt les trafiquants qui exportent les produits pharmaceutiques à l'étranger pour engranger les bénéfices. Ces médicaments se retrouvent ainsi en Tchéquie, en Allemagne, en Autriche, au Danemark ou en Grande-Bretagne.
Ces sociétés sont à responsabilité limitée, les gérants sont des médecins et plusieurs sont des antennes des sociétés tchèques. Celles-ci exportent les médicaments provenant du marché slovaque en vue de s'enrichir et le patient slovaque accède difficilement à la délivrance des médicaments dont il a besoin. Souvent il s'agit d'un médicament vital qu'il n'est pas possible de remplacer par un autre.
L'Institut national pour le contrôle des médicaments est compétent pour stopper l'exportation des médicaments en provenance de la Slovaquie. Les sociétés exportatrices doivent requérir auprès de cet institut l'autorisation d'exporter le médicament considéré, qui lui est refusée dans le cas où le médicament fait défaut ou s'il est en quantité insuffisante sur le marché slovaque. Cette année, pour l'instant, l'Institut a stoppé l'exportation de 4 médicaments ; en 2014, ce sont 14 médicaments qui se sont vus refuser le droit d'être exportés. La santé des patients a été menacée parce que 27 médicaments manquaient. 589 médicaments ont été exportés en nombre de 1,4 millions d'emballages. Beaucoup plus qu'en 2013. Il s'agit avant tout des médicaments destinés au traitement de la schizophrénie, de l'épilepsie, la maladie de Parkinson, les maladies oncologiques, etc. Ces médicaments sont exportés parce qu'ils sont beaucoup moins chers en Slovaquie que dans d'autres pays de l'UE. Ainsi, ils deviennent une marchandise dont la vente s'avère lucrative. Au Danemark, il existe une bourse aux médicaments dont les prix sont négociés avant d'être transportés dans d'autres pays. Pourrait contribuer à maîtriser ce courant l'interdiction globale d'exportation de tous les médicaments de la Slovaquie et non seulement de quelques-uns.
Aux dires de Valéria Pernišová de l'Institut pour le contrôle des médicaments, celui-ci suit au plus près soncoût, la demande du marché intérieur, l'importation et l'exportation planifiée des médicaments. L'Institut interdit l'exportation d'un médicament seulement au moment où une situation de pénurie se présente en Slovaquie et que son exportation menacerait le traitement des patients slovaques. Si le nombre des médicaments destinés à l'exportation dépasse le nombre de ceux qui sont importés, cela constitue un signal pour l'institut que des problèmes d'accessibilité aux médicaments sont réels. Il s'adresse alors aux spécialistes de divers services médicaux qui se prononcent sur l'existence d'un médicament de remplacement. Dans le cas contraire, l'Institut a autorité pour interdire l'exportation. Selon l'Institut, derrière le manque de médicaments ne se trouve pas seulement leur exportation mais aussi des rapports commerciaux et logistiques entre les pharmacies et les sociétés de distribution. Une autre raison en est la baisse des approvisionnements de médicaments en Slovaquie bien que le nombre de patients à traiter augmente et en dernier lieu apparaît le fait que ce sont des pharmacies elles-mêmes qui sont impliquées dans de telles exportations lucratives.