La fuite des cerveaux en Europe s'intensifie. Selon une étude récdente de la fondation allemande Friedrich Ebert, entre 2008 et 2013 la part des personnes hautement qualifiées quant à la migration de la main d'œuvre est passée des 27 à 41%. Les auteurs ont présenté cette étude sous le titre Fuite des cerveaux/Gain des cerveaux pour mettre en avant le fait que tandis que certains pays se trouvent dans la situation de perdre leurs spécialistes, d'autres en profitent. Font partie du premier groupe notamment les pays d'Europe centrale et orientale tel la Lettonie, la Lithuanie, la Pologne, la Hongrie, mais aussi l'Espagne ou le Portugal. Dans le second groupe de pays se trouvent par exemple l'Allemagne ou le Royaume-Uni, cependant ces derniers ne sont pas, eux non plus, à l'abri de ce phénomène.
Selon l'étude, il est deux raison principales du départ des personnes diplômées de leur pays d'origine : le chômage et une rémunération jugée insuffisante par rapport à celle offerte par le pays d'accueil. L'un des auteurs de l'étude précité, professeur à l'Université de Brême Madame Céline Tenev, « l'Allemagne est très intéressée à accueillir le plus grand nombre possible de travailleurs qualifiés », ceci étant la seule façon pour elle de pouvoir faire face aux changements démographiques et au manque de spécialistes sur le marché du travail. Et d'ajouter que bien que l'Allemagne soit principalement le pays d'accueil, elle même est dans une certaine mesure victime de la fuite des cerveaux. Depuis 2007, deux mille médécins quittent chaque année le pays pour s'installer en Suisse, aux États-Unis ou en Autriche. Quant aux spécialistes allemands en technologies informatiques, ils partent principalement dans les pays scandinaves et aux États-Unis. On parle d'une fuite des cerveaux en chaîne : par exemple, un médécin allemand part s'installer aux États-Unis, l'emploi rendu vacant par son départ est offert à un médécin tchèque dont le départ a été l'occasion pour un médécin slovaque de venir s'établir en Tchèquie, la place du médécin slovaque étant à son tour occupé par un médécin ukrainien. Bien entendu, ce sont les pays qui ne sont pas attractifs pour les immigrés qui souffrent le plus de ce phénomène. Un exemple très éloquent est la Lettonie : depuis 2000 près de 160 mille citoyens ont quitté ce pays balte, ce qui représente 12% de la population. Plus de la moitié de ce nombre était d'âge 35 ans et moins. Selon le professeur Tenev, « cela conduit à des inégalités entre les États membres, qui devraient être l'objet d'attention de la part des autorités de l'Union européenne et ses sphères compétentes ». Malheureusement, cet avertissement reste pour le moment sans réponse.