Une nouvelle affaire secoue ces dernières semaines la scène politique du pays et est omniprésente dans les médias slovaques. Elle met en plein jour l'irresponsabilité et l'égoïsme de certains grands entrepreneurs. De surcroît, à la différence des autres affaires de corruption ou de détournement de fonds, plus compliquées à déchiffrer et qui restent quelque peu incompréhensibles pour les citoyens slovaques, l'affaire Váhostav pourrait toucher directement le budget de milliers de ménages slovaques et influencer négativement les préférences électorales du parti gouvernemental Smer-SD.
Váhostav est un géant de l'industrie du bâtiment slovaque, propriété du grand entrepreneur Juraj Široký qui est entre autres président de l'Union slovaque de hockey sur glace. Or, Váhostav a remporté voici quelques années l'appel d'offres portant sur la construction de plusieurs tronçons de l'autoroute D1 et ceci grâce à un prix qui était de 60 % inférieur à celui estimé par une expertise de l'État. Bien que la société ait réalisé bon nombre de travaux, elle s'est finalement retrouvée dans les problèmes financières extrêmement graves qui la rendaient incapable depuis des mois d'honorer ses engagements envers ses sous-traitants. Il s'agit de plus d'un millier de petits entrepreneurs, souvent des personnes excerçant une profession libérale, pour qui les contrats avec Váhostav étaient vitaux. Les dettes de ce dernier vont de quelques milliers à des dizaines, voire centaines de milliers d'euros pour certains de ces sous-traitants. Plusieurs de ces petits entrepreneurs se sont retrouvés dans une situation tellement stressante qu'ils en sont tombés gravement malades et l'on parle même de suicides. Plusieurs points rendent cette affaire encore plus scandaleuse. Primo, c'est la structure obscure et confuse des propriétaires de Váhostav ; l'association non-gouvernementale Transparency International a révélé qu'il s'agirait de sociétés écrans, basées en Nouvelle-Zélande et à Chypre. Secundo, Juraj Široký est considéré comme l'un de ceux qui ont sponsorisé en 1999 la création du parti Smer-SD de Robert Fico et dont les entreprises bénéficieraient, en contre-valeur de leur soutien, d'une position privilégiée dans les appels d'offres pour les grands travaux publics. Ainsi, c'est la question du dédommagement d'un groupe relativement important de petits entrepreneurs slovaques qui occupe depuis quelques semaines les discussions au sein du conseil des ministres, du parlement et dans les médias slovaques. Tout dernièrement, Robert Fico a proposé de porter le niveau de dédommagement des créanciers de Váhostav à 100 %. Et pour se débarrasser de l'image d'un homme proche de Juraj Široký, il essaie de rejeter la responsabilité sur Ján Figeľ, actuel vice-président du parlement et président du Mouvement démocrate-chrétien, qui était ministre des transports au moment de la signature des contrats sur la construction de l'autoroute en question. Robert Fico a initié le vote sur la destitution de Ján Figeľ de sa fonction, le débat reste ouvert.