Les salaires des médecins augmentent sans faire disparaître les pots-de-vin

Les salaires des médecins augmentent sans faire disparaître les pots-de-vin

C'est un phénomène élevé au rang de mauvaise habitude : les Slovaques sont habitués depuis plusieurs générations à payer des pots-de-vin aux médecins.

Une grande partie de la population du pays est persuadée qu'il s'agit d'un geste inévitable : si - au moment d'une consultation médicale ou d'une intervention chirurgicale - vous ne donnez pas au praticien un dessous de table, vous courez le risque de ne pas recevoir les soins appropriés, tout du moins au niveau de leur qualité. Cette pratique, monnaie courante depuis de longues décennies et qui en dit long sur le rapport qu'entretiennent les Slovaques avec les « autorités » - les médecins en faisant partie de par leur droit de vie et de mort sur leurs patients -, est devenue voici quelques jours l'objet de l'attention particulière des médias. Or, le médecin Peter Lipták, qui est en plus le directeur du bureau de la Société slovaque de la médecine générale qui réunit quelques 1.400 praticiens, a dans une interview télévisée ouvertement avoué accepter des « contributions » de ses patients à hauteur de 5 mille euros annuellement en disant qu'il s'agit d'une « situation désagréable parce que j'ai vraiment besoin de cet argent » et que « c'est la vie qui nous pousse à recevoir toutes sortes d'aide, notamment une aide financière de la part des patients ». Il a en même temps déclaré que ce sont principalement les patients peu aisés qui sont les plus habitués à payer, et à la question de la journaliste de savoir ce que deviendra le patient qui n'a pas les moyens de payer cette contribution, il a répondu sans ambages : « Tant pis pour lui ».

Ces déclarations cyniques qui sont dans le même temps un témoignage éloquent sur l'état d'esprit qui règne dans le système de la santé publique slovaque n'ont pas manqué de susciter de vives réactions. Trois hommes politiques de l'opposition, Daniel Lipšic, Igor Matovič et Ľubomír Galko, ont déposé une plainte contre Peter Lipták pour soupçons de corruption. Lors d'une conférence de presse, Daniel Lipšic a constaté que la corruption est présente jusqu'aux plus hauts niveaux de la santé publique slovaque où elle s'exerce au travers de marchés publics truqués. Selon Viliam Novotný, président de la commission parlementaire pour la santé publique, les déclarations inacceptables de Peter Lipták ont porté atteinte à l'honneur de centaines de médecins slovaques honnêtes. La Société slovaque de la médecine générale a pris ses distances avec les propos du président de son bureau. Nous pouvons clore ce sujet par un constat fait par l'organisation Transparency International. Selon un sondage effectué par cette dernière, un ménage slovaque sur cinq avoue avoir payé au cours de l'an passé un dessous de table au contact d'une institution publique du pays. Derrière la Lituanie et la Grèce, la Slovaquie est le troisième pays européen quant à la présence de la corruption. Et le fait que selon ce même sondage 90 % des Slovaques sont persuadés qu'il s'agit d'un phénomène courant n'aide certainement pas à le déraciner.

Jacques Hoflack Foto: SITA

Živé vysielanie ??:??

Práve vysielame