Plus d'un demi-million de soldats des pays du Pacte de Varsovie (l'Union soviétique, la Hongrie, la Bulgarie, la Pologne et la RDA) ont franchi la frontière tchécoslovaque dans la nuit du 20 au 21 août 1968, inaugurant une occupation qui allait durer plus de vingt ans.
L'invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du Pacte de Varsovie était une réaction au Printemps de Prague, une tentative de réforme et de démocratisation du régime communiste : la censure fut assouplie, ce qui eut des répercussions sur la liberté d'expression, les possibilités de voyager vers l'Ouest s'ouvrirent, le statut des églises s'améliora et les prisonniers politiques des années 1950 devaient être réhabilités. Cependant, rien ne changea quant au rôle prépondérant du Parti communiste dans la société ni à l'alliance avec l'Union soviétique.
Les pays du bloc socialiste ont d'abord exhorté les responsables politiques tchécoslovaques à agir contre les « forces antisocialistes et impérialistes ». Début août, le secrétaire général du Comité central du Parti communiste de l'Union soviétique, Léonid Ilitch Brejnev, s'est rendu à Bratislava. Il y a reçu une lettre d'invitation signée par des opposants tchécoslovaques aux réformes. Dans cette lettre, était expliqué que la situation était devenue incontrôlable pour le Comité central du Parti communiste tchécoslovaque et sollicitait son soutien total si nécessaire.La doctrine Brejnev, selon laquelle la protection du socialisme est l'affaire de tous les États communistes, fut également adoptée à Bratislava. Peu après, le 20 août 1968, avant minuit, des troupes étrangères franchirent la frontière tchécoslovaque et 27 divisions, soit plus d'un demi-million de soldats du Pacte de Varsovie, pénétrèrent progressivement sur le territoire tchécoslovaque.
Dès les premières heures, des milliers de manifestants indignés ont envahi les rues : ils ont arraché des noms de rues, renversé des panneaux de signalisation, érigé des barricades et jeté des pierres sur les chars. Selon les dernières conclusions des historiens tchèques de l’Institut d’histoire militaire de Prague, la réaction et les actions des occupants ont fait jusqu’à 137 morts et 500 blessés graves.
« Les troupes soviétiques sont restées sur notre territoire pendant vingt ans. Leur mission était préventive : susciter la crainte et le respect parmi la population locale », a rappelé Ondrej Krajňák, président de l'Institut de la mémoire nationale. Cette procédure visait à servir d'avertissement afin d'empêcher qu'une révolution similaire ne se reproduise ailleurs.
« Peu après l'occupation, un nouveau président, Gustáv Husák, un normalisateur, a été élu. On a alors confirmé une fois de plus l'irréformabilité du Parti communiste. Des mesures législatives et des contrôles ont été mis en place. Ils visaient principalement les citoyens qui ne se reconnaissaient pas dans la prétendue "entraide fraternelle". », continu Ondrej Krajňák.La période qui suivit la répression des réformes fut marquée par le chantage, l'intimidation et les purges des postes clés dans les administrations et les usines. La censure et le contrôle étatique des églises furent rétablis, et la réhabilitation des victimes du régime des années 1950 fut achevée. De nombreux Tchécoslovaques émigrèrent et ne revinrent qu'après la Révolution de velours et la chute du communisme.