Martin Halas, Directeur de l’Institut pour la recherche des risques socio-économiques et des alternatives met en doute les résultats publiés par l’Eurostat sur la pauvreté en Slovaquie. Il réfute la position de la Slovaquie, statistiquement parfaite, qui se répète chaque année. Il la considérant comme le résultat d’une méthodologie peu objective.
Qui réellement est menacé par la pauvreté ? Le citoyen moyen du Luxembourg qui en 2012, selon les études d’Oxford University et de Credit Suisse, possédait des biens à hauteur de 215 000 €, percevait un salaire moyen de 4 274 € et le salaire minimal de 1874 € ? Ou bien le citoyen moyen slovaque dont les biens représentent 19 000 € en moyenne par personne, pour un salaire moyen de 793 € alors que le salaire minimal se situe à 338 € ? Selon Eurostat, au Luxembourg, cependant un sur 6 à 7 citoyens est menacé par la pauvreté, tandis qu’en Slovaquie c’est un Slovaque sur 7 à 8.
Les spécialistes déclarent que les contradictions de base se situent dans les notions. Selon Vladimir Balaz, en charge des prévisionsà l’Académie slovaque des sciences, il est connu le stade où la pauvreté est absolue, c'est-à-dire ne pas avoir de quoi se nourrir. Et puis, il y a la pauvreté relative qui est basée sur des comparaisons avec une certaine moyenne. Selon les statistiques de l’institut Eurostat, le paramètre clé est «le seuil de pauvreté » ce qui est le revenu mensuel à risquesd’un citoyen. Chaque Etat possède en cela un seuil différent. Aux dires de la sociologue Monika Čambáliková, logiquement, les pays les plus riches ont ce seuille plus élevé. Si donc le Luxembourgeois est menacé par la pauvreté en recevant mensuellement 1639 €, le Slovaque ayant au-dessus de 337 € n’est pas menacé. Elle attire l’attention sur le fait que dans les pays étudiés, les coûts de vie sont diamétralement différent, ils se distinguent par des standards portant sur la qualité de vie. Voilà pourquoi, les critères déterminant qui est pauvre et qui ne l’est pas différent d’un pays à l’autre. Dans cette échelle, dressée par Eurostat, la Norvège qui présente le seuil de pauvreté le plus élevé 2144 euros se positionne à la 3ème place, paradoxalement, derrière la Tchéquie où le seuil de pauvreté est au niveau de 385 €. Changer la réalité sociale en chiffres est très difficile, si les statistiques ne veulent ne pas fournir des informations erronéesou même ridicules, il faut les interpréter convenablement, ajoute la sociologue Monika Čambáliková.
Discutables sont, selon Martin Halas, également les données d’Eurostat qui avancent que 60 000 retraités slovaques sont sortis du seuil de pauvreté. Cela n’est pas dû aux revenus plus élevées ou les coûts de vie plus bas mais au seul fait que le seuil de pauvreté s’est abaissé en 2013 par rapport à 2012 de 9 €, passant de 346 € à 337 €. Cela est dû à une intervention purement administrative. Si ce seuil était passé à 355 €, près de 39% des seniors se seraient retrouvés au seuil de pauvreté, argumente-t-il.
Marián Jánošík, porte–parole de l’Office national des statistiques qui fournit à Eurostat les données concernant la Slovaquie argumente pour sa part que le seuil de pauvreté a été déterminé objectivement, en conformité avec la méthodologie internationale. Son niveau est lié non seulement aux revenus mais aussi au nombre de personnes en activité. Il souligne également que lors des calculs sont décisifs les revenus des ménages. De plus, ajoute-t-il, la majorité de retraités vit dans un ménage entourés de personnes qui travaillent, ces revenus sont alors pris en considération. De la sorte le stade de pauvreté menace seulement les retraités qui vivent seuls. Marian Janosik mentionne que les groupes les plus menacés sont les personnes au chômage (43,8 %), les ménages monoparentaux (30,1 %) ou des ménages avec plusieurs enfants (29,9 %).
Martin Halas fait observer de son côté qu’en Slovaquie a été introduit un système d’assurance individuelle retraite et que dans le prolongement chaque senior ou personne handicapée devrait avoir les revenus au-dessus du seuil de pauvreté à titre personnel, et non avec un soutien de famille. Il rappelle que la pension de retraite moyenne représente 390,51 € et elle se rapproche de ce seuil. En 2013, plus de la moitié des seniors la percevaient. En outre met–il en avant le fait que l’Office des statistiques dispose des données sur les revenus des citoyens au travers d’un panel au choix aléatoire portant sur seulement de 6 000 ménages par rapport au près de 2 millions que compte la Slovaquie.