Cette école est unique, elle a enseigné les bases de la viticulture et la grammaire de l’œnologie à des générations de vignerons de l’Autriche-Hongrie, de la Tchécoslovaquie et de la Slovaquie. Une histoire mouvementée pour une relève assurée : retour sur ces 130 ans d’existence.
Les ravages du phylloxera
L’école est fondée à la fin du 19e siècle. Une époque difficile pour les vignobles de la Haute-Hongrie (la Slovaquie actuelle) qui enchainent les catastrophes : de terribles gels, la moisissure du raisin, le mildiou et puis ce qui semble être le coup de grâce en 1880 avec le phylloxera. Les vignobles de Bratislava et des petites Carpates agonisent et l’association des vignerons de l’époque tire la sonnette d’alarme avant que ne sonne le glas de leurs vignes. Elle demande au gouvernement du royaume de Hongrie la fondation d’une école de viticulture. En 1884, 14 élèves de 16 ans constituent la première classe. C’est ainsi que commence l’histoire d’une école qui fête ses 130 ans d’existence, et qui a été déplacée de Bratislava à Modra en 1922. La réputation de l’école augmente rapidement. Il faut dire qu’à Presbourg (Bratislava) sont installés vers 1900 de prestigieuses familles qui ont fait fortune dans le vin, comme les Palugyay ou les Hubert dont les vins se retrouvent sur les meilleures tables d’Europe ; les spécialistes formés par cette école ajoutent au prestige des vins de la région. 17 directeurs se succèdent à la tête de la vénérable institution, comme Slavomir Zoch, nommé deux ans après la révolution de velours et qui dirige toujours l’établissement. Durant ce dernier quart de siècle, l’école a connu des hauts et des bas, comme ce fut le cas pour l’entre-deux-guerres ou l’après-guerre ; parfois le destin de l’école n’a tenu qu’à un fil, mais le miracle a toujours eu lieu grâce aux enseignants, à leurs élèves et les soutiens locaux.
L’entraide avant tout
Ainsi, en 2002, 300 hectares de vignes faisant partie du patrimoine de l’école furent vendus à une société privée. Le raisonnement des autorités de l’époque motivant cette vente fut le suivant : à quoi servent vignes et caves pour un école de viticulture ? Les écoles de construction n’ont pas de bâtiments et pourtant ils forment des ouvriers ! L’école était comme amputée d’un membre : les étudiants ne savaient où se rendre pour leurs cours pratiques. Heureusement, l’entraide a fonctionné : un ancien étudiant de l’école a proposé ses propres vignobles pour ces exercices pratiques. Aujourd’hui, l’établissement dispose à nouveau de vignes, sur quatre hectares seulement, un petit verger ainsi que sa propre cave.
Etre vigneron au XXIe siècle
La partie pratique de l’enseignement a été réduite, d’autres options ont été ajoutées, comme la sommellerie, l’agrotourisme ou l’hôtellerie. Les vignerons tirent la sonnette d’alarme : les anciens spécialistes du vin s’en vont et bientôt on ne saura plus cultiver la vigne. Selon certains, la Slovaquie n’a pas besoin de sommeliers mais de viticulteurs qui font tout pour conserver les vignes. Le directeur Zoch ne partage pas ce constat : les sommeliers ont aussi leur place dans la vigne et 80 % de l’enseignement est consacré aux métiers de la vigne. Mais le profil des élèves a changé ; la nouvelle génération recherche une vie plus douce et ne se voit pas trimer chaque jour entre les ceps. Etre vigneron au XXIe siècle n’est pas évident : le raisin exige toujours un travail physique, même à l’époque des technologies les plus modernes. L’optimisme reste cependant de rigueur : l’école de Modra accueille encore 130 ans après sa création des étudiants qui entendent bien être les dignes successeurs de cette lignée de viticulteurs qui a donné ses lettres d’or au vin slovaque.
pravda