Les statistiques policières sont falsifiées

Les statistiques policières sont falsifiées

L'état réel de la police slovaque est diamétralement opposé à celui présenté depuis des années par le ministère de l'Intérieur et l'administration du Corps de police. C'est ce qu'ont constaté la fondation « Arrêtons la corruption » et l'hebdomadaire Trend après s'être longuement entretenus avec 16 membres de la police slovaque. Le ministre de l'Intérieur, Tomáš Drucker, a immédiatement demandé à la direction de la police de se positionner vis-à-vis du rapport de la fondation.

Les résultats de ce rapport ont été présentés au large public hier mercredi au cours d'une conférence de presse. Ce qui choque le plus le directeur de la fondation, Pavel Sibyla, c'est la falsification des statistiques policières concernant le nombre d'affaires criminelles résolues. Monsieur Sibyla explique : « Les statistiques sont manipulées et déformées. Par exemple, on procède à la modification des classifications de la gravité des actes criminels selon qu'il y a une chance d'arrêter le malfaiteur ou pas. Si la chance de le capturer est grande, l'infraction que celui-ci a commise est considérée comme étant plus grave, alors que si on est quasi-certain de ne jamais pouvoir le rattraper, l'affaire est automatiquement perçue comme une infraction de moindre importance. » De même, Pavel Sibyla trouve alarmant qu'il y ait autant de départs à la retraite forcés à chaque fois qu'un nouveau gouvernement s'installe.

La fondation et l'hebdomadaire ont commencé à recueillir des témoignages des membres du Corps de police encore avant le meurtre du journaliste slovaque Ján Kuciak et de sa fiancée Martina Kušnírová. Les témoignages avaient été rapportés par des enquêteurs, fonctionnaires, et policiers réguliers. Tous ont servi dans la police plus de 15 ans. Deux tiers d'entre eux y servent toujours, d'où leur demande de rester dans l'anonymat.

« Pour les témoignages, nous avons choisi les policiers qui nous paraissaient être dignes de confiance. Les discussions que l'on a menées avec eux ont duré chacune plusieurs heures. Notre rapport ne contient que les choses sur lesquelles tous sont tombés d'accord », a annoncé Zuzana Petková, rédactrice du magazine Trend et initiatrice des entretiens.

« Évidemment, nous aurions préféré recueillir plus de témoignages, mais le problème c'est que la plupart des policiers avaient peur de s'exprimer. Nous n'oserions pas affirmer que la situation est la même partout mais les résultats de notre enquête sont si inquiétants que le gouvernement devrait commencer à s'y intéresser », a ajouté monsieur Sybila.

Le rapport rédigé par la fondation cite également l'ancien enquêteur de l'Agence criminelle nationale, Pavel Milan, qui pense que l'autocensure est monnaie courante dans ce milieu. Selon ses propres termes, les policiers n'osent pas lancer d'enquête contre les hauts fonctionnaires de l'État. Ceux-ci auraient la mainmise sur les responsables des postes de police qui en général suspendent l'enquête avant qu'elle ne commence.

Tasr

Ján Kováč Foto: TASR

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