Concernant la situation de la campagne slovaque, les spécialistes sont unanimes : l’image traditionnelle de la vie à la campagne vit ses dernières heures. En effet, les habitants des petits villages adoptent les habitudes des citadins, ils entretiennent les relations sur internet, renoncent à l’élevage des animaux et aux soins des végétaux, l’entraide et la solidarité disparaissent peu à peu de leur quotidien.
« La campagne est en voie de disparition. Non pas en tant qu’entité géographique, même si dans les alentours des grandes villes on pourrait envisager également ce type de scénario. Ce qui disparaît, c’est la campagne en tant que qualité de vie spécifique » a exprimé Robo Jankovich qui travaille sur les projets de l’économie durable. Et d’ajouter que la vie des ruraux est de plus en plus caracterisée par les traits propres à la culture citadine : à la terre agricole, ils préfèrent le gazon, ils font leurs courses dans les hypermarchés, il n’y a pratiquement plus de théâtres d’amateurs qui, dès le 19ème siècle, étaient un phénomène typique de la campagne slovaque.
Selon le politologue Tomáš Koziak, cette évolution est dans une certaine mesure naturelle puisqu’elle est la conséquence de ce qu’on appelle la mondialisation. La vie à la campagne elle non plus ne peut pas se soustraire aux tendances actuelles. « C’est avant tout le dynamisme de la vie qui a subi le plus grand changement. Aujourd’hui, nous pouvons nous faire une idée romantique sur la vie rurale de nos ancêtres, peut-être dans cinquante ans nos arrière-petits-enfants se feront, eux aussi, leur propre idée romantique concernant notre vie actuelle » réfléchit-il. Le fait est qu’un bon nombre de Slovaques part travailler à l’étranger et, forts de cette expérience, ils changent à leur retour certaines habitudes et s’inspirent de ce qu’ils ont vu dans les pays occidentaux pour donner un nouvel aspect à leurs demeures et jardins.
Monsieur Stanislav Bartoš, maire du village Široké, met en avant le fait que c’est particulièrement l’Est de la Slovaquie qui est le plus touché par l’éloignement de la vie rurale ainsi que nous l’avons connue. « À l’Occident de notre pays, on respecte toujours certaines traditions, on fête par exemple les Journées du chou ou le festins traditionnels liés à la consommation du canard, de l’oie, bref, les gens s’y rencontrent plus. L’Est de la Slovaquie est beaucoup plus touché par les difficultés matérielles, les gens y sont plus souvent sans emploi, la vie est plus rude ce qui se réflète également par l’absence de certaines qualités de vie » a-t-il constaté. Et nous pouvons ajouter que cette région de la Slovaquie est en même temps dans une plus large mesure concernée par le départ des jeunes qui, les études terminées et faute des infrastructures et travail, ne retournent plus au bercail.
Toutefois, pour certains – et ils sont de plus en plus nombreux – on pourrait résumer la situation actuelle par le slogan : « La campagne est morte, vive la campagne ! ». Ainsi, certains jeunes, souvent diplômés d’études supérieures, dégoûtés par la société de consommation et la déshumanisation, très souvent désireux de créer les meilleures conditions pour élever leurs enfants, quittent les villes et partent s’installer à la campagne. Certes, cette dernière perd progressivement son caractère traditionnel mais d’un autre côté acquiert les qualités propres aux communes écologiques.