À juger selon les résultats des législatives - septièmes depuis la création d'une Slovaquie indépendante en 1993 - qui se sont tenues dans notre pays samedi dernier un constat sans équivoque s'impose : malgré une campagne éléctorale plutôt calme il s'agissait du calme avant la tempête. En effet, il semble bien qu'à l'intérieur de la société slovaque ça bouillonne.
Les résultats sont surprenants à plusieurs titres. Primo, c'est le nombre des partis qui ont dépassé le seuil des 5% requis pour siéger au parlement. Ils seront huit ce qui est un accroissement de près d'un tiers puisqu'au parlement issu des élections législatives 2012, seulement six partis politiques étaient représentés. Bien entendu, un tel émiettement de la scène parlementaire n'ajoute pas à favoriser les prochaines négociations incontournables sur la formation du nouveau gouvernement. À l'approche de la présidence slovaque du Conseil européen qui s'ouvrira au 1er juillet prochain cela peut placer le pays dans la situation délicate voire inconfortable. Secundo, il y a ceux qui quitteront les bancs parlementaires et ceux qui les remplaceront. Tandis que le fait que le SDKU-DS, ancien leader de la droite slovaque, est resté en dehors du parlement ne constituait une surprise pour personne étant donné qu'il était en voie de décomposition depuis les élections en 2012, la mise à l'écart par les électeurs de KDH, Mouvement démocrate-chrétien, en est bien une. Il y a aussi ceux auxquels les sondages d'intention de vote ne donnaient pas la certitude d'être élus au parlement du pays et qui sont parvenus à relever ce défi. C'est le cas du mouvement Sme rodina, Nous sommes une famille, du millionnaire et philantrope Boris Kollár, le nom de ce mouvement ne manquant pas d'une certaine ironie attendu que son fondateur est connu des Slovaques notamment pour avoir neuf enfants avec huit femmes. Un autre nouveau venu est le mouvement Sieť, Réseau en français, du jeune avocat Radoslav Procházka qui ne cache pas que cette élection a pour lui un arrière-goût amer. En effet, considéré par certains médias et vraisemblablement par lui-même comme un futur leader de la droite slovaque, il ne se voit accordé à l'issue des élections que 5,6% des suffrages, arrivant ainsi en queue du péloton des partis parlementaires. Et puis, il est un dernier nouveau venu dans l'assemblée législative slovaque : le Parti populaire-Notre Slovaquie de Marián Kotleba. Or, ce parti taxé parfois non seulement d'extrémiste mais faschiste, voire même neo-nazi, est le seul à être rejeté à l'unisson par les représentants de tous les autres partis élus au parlement pour des négociations éventuelles conduisant à la formation du nouveau gouvernement. Dès l'annonce des résultats des élections législatives ces négociations s'annoncent difficiles, plusieurs hommes politiques n'excluant pas la probabilité des prochaines élections anticipées. En revanche, d'autres ajoutent qu'elles ne résoudraient pas grande chose puisque leur résultat serait vraisemblablement très proche de celui qui vient de se dérouler samedi dernier, les citoyens slovaques reconduisant alors une représentation politique identique à peu s'en faut.